SEC : Dans les petits papiers d'Apple Partie 2
L'entretien est parfois tendu. Ainsi, l'avocat de la SEC fait-il référence à un échange d'emails entre Steve Jobs et Fred Anderson, prenant acte d'une conversation orale entre eux deux. Alors qu'il lui est demandé la date lors de laquelle cette conversation a eu lieu, le patron d'Apple indique l'avoir oubliée. Peu après, l'avocat lui demande combien de temps s'est écoulé entre la conversation et l'échange d'emails, ce à quoi Steve Jobs répond «C'est une autre manière de me demander quand a eu lieu cette conversation, et je vous ai déjà dit ne pas m'en souvenir.» L'avocat répond qu'il a parfois l'art et la manière de rafraîchir la mémoire par ses questions et que ça n'est tout simplement pas le cas ici. «Ecoutez, je vous le dirais si je le savais» répond Jobs, manifestement irrité. Les échanges relèvent parfois du comique alors que Steve Jobs est interrogé un peu plus tard sur le rôle de Nancy Heinen:
- Eh bien, à vrai dire je n'en sais rien, mais je suppose [qu'elle] notait les minutes [du conseil d'administration].
- Savez-vous ou non si la secrétaire [du conseil] est censée retranscrire fidèlement ces minutes?
- Eh bien, j'ose espérer qu'elle doit faire de son mieux.
- Je sais que la question peut sembler idiote…
- Oui.
- … mais je dois la poser. Pourquoi espérez-vous qu'elle fasse de son mieux?
- Pourquoi j'espère qu'elle fasse de son mieux? Eh bien, si nous produisons les minutes du conseil, à priori on est en droit d'attendre qu'elles soient exactes…
L'entretien couvre ensuite le contexte qui a mené à l'attribution d'options d'achat à Steve Jobs, dans le détail, Il précise que ça n'était pas tant pour l'argent que par besoin de reconnaissance, dans la mesure où seul un très petit pourcentage de ses revenus provient d'Apple.
Comme il a été établi durant le début de l'entretien, Jobs a consacré une certaine attention à faire en sorte que ses collaborateurs soient satisfaits de leur sort chez Apple, et constatait amèrement que nul n'en faisait autant pour son propre compte, ce dont il s'est senti meurtri. Le conseil d'administration lui avait bien attribué des actions, mais elles avaient toutes été coulées par l'éclatement de la bulle spéculative.
Etant donné les années durant lesquelles il s'était investi sans compter, allant jusqu'à négliger sa vie de famille, il estimait avoir droit lui aussi à une forme de reconnaissance. Les négociations furent d'autant plus douloureuses qu'il aura fallu s'y reprendre à maintes reprises pour finaliser un accord. Par exemple, Steve Jobs souhaitait remettre à Apple les options d'achat sur 20 millions d'actions qui lui avaient initialement été attribuées en échange de ce nouveau plan, ce qu'il n'a pas été techniquement possible de faire.
La mauvaise volonté du conseil d'administration n'a d'ailleurs fait qu'enfoncer le couteau dans la plaie : non seulement Jobs se sentait en mal de reconnaissance, mais il lui a fallu quémander une récompense, et à ses yeux pire encore, la marchander. Toute cette période fut manifestement douloureuse pour lui et il ne s'en cache guère, d'autant que l'accord final ne lui a malgré tout pas donné entière satisfaction et lui aura laissé un goût amer.
Cependant, n'oublions pas que le conseil d'administration avait offert un jet privé à Steve Jobs fin 1999, d'une valeur de 43,5 millions de dollars, associé à 40,5 millions de dollars pour couvrir les frais et diverses taxes, en récompense de ses services, bien qu'il s'agisse là d'un cadeau "utile".
Steve Jobs se rappelle peu des détails qui lui sont demandés, il est vrai portant sur des événements ayant eu lieu à des dates précises remontant alors à plus de sept ans au moment de l'entretien. D'autre part il semble manifeste qu'il n'a qu'une idée imprécise du déroulement concret de l'attribution de ces stock-options, une fois le cap de la décision passé, et notamment concernant l'arrêt d'une date pour la valeur des actions, qui fait l'objet de l'enquête.
Les événements suivent leur cours au niveau technique, qui ne sont ni de son ressort, ni au cœur de ses préoccupations. Il se garde cependant bien d'affirmer que les dates et événements indiqués dans les pièces administratives d'Apple correspondent à la réalité des faits lorsqu'il les a oubliés, ce sur quoi les avocats de la firme ont manifestement attiré son attention au préalable, afin d'éviter d'engager sa responsabilité inutilement. Il précise même que ce qu'il a appris depuis le début de l'enquête de la SEC ne l'encourage pas nécessairement à croire à la validité de ces éléments. En effet il a été établi qu'Apple avait produit un rapport sur une réunion du conseil d'administration qui n'avait jamais eu lieu, ce sur quoi Steve Jobs s'est dit être très préoccupé.
- Eh bien, à vrai dire je n'en sais rien, mais je suppose [qu'elle] notait les minutes [du conseil d'administration].
- Savez-vous ou non si la secrétaire [du conseil] est censée retranscrire fidèlement ces minutes?
- Eh bien, j'ose espérer qu'elle doit faire de son mieux.
- Je sais que la question peut sembler idiote…
- Oui.
- … mais je dois la poser. Pourquoi espérez-vous qu'elle fasse de son mieux?
- Pourquoi j'espère qu'elle fasse de son mieux? Eh bien, si nous produisons les minutes du conseil, à priori on est en droit d'attendre qu'elles soient exactes…
L'entretien couvre ensuite le contexte qui a mené à l'attribution d'options d'achat à Steve Jobs, dans le détail, Il précise que ça n'était pas tant pour l'argent que par besoin de reconnaissance, dans la mesure où seul un très petit pourcentage de ses revenus provient d'Apple.
Comme il a été établi durant le début de l'entretien, Jobs a consacré une certaine attention à faire en sorte que ses collaborateurs soient satisfaits de leur sort chez Apple, et constatait amèrement que nul n'en faisait autant pour son propre compte, ce dont il s'est senti meurtri. Le conseil d'administration lui avait bien attribué des actions, mais elles avaient toutes été coulées par l'éclatement de la bulle spéculative.
Etant donné les années durant lesquelles il s'était investi sans compter, allant jusqu'à négliger sa vie de famille, il estimait avoir droit lui aussi à une forme de reconnaissance. Les négociations furent d'autant plus douloureuses qu'il aura fallu s'y reprendre à maintes reprises pour finaliser un accord. Par exemple, Steve Jobs souhaitait remettre à Apple les options d'achat sur 20 millions d'actions qui lui avaient initialement été attribuées en échange de ce nouveau plan, ce qu'il n'a pas été techniquement possible de faire.
La mauvaise volonté du conseil d'administration n'a d'ailleurs fait qu'enfoncer le couteau dans la plaie : non seulement Jobs se sentait en mal de reconnaissance, mais il lui a fallu quémander une récompense, et à ses yeux pire encore, la marchander. Toute cette période fut manifestement douloureuse pour lui et il ne s'en cache guère, d'autant que l'accord final ne lui a malgré tout pas donné entière satisfaction et lui aura laissé un goût amer.
Cependant, n'oublions pas que le conseil d'administration avait offert un jet privé à Steve Jobs fin 1999, d'une valeur de 43,5 millions de dollars, associé à 40,5 millions de dollars pour couvrir les frais et diverses taxes, en récompense de ses services, bien qu'il s'agisse là d'un cadeau "utile".
Steve Jobs se rappelle peu des détails qui lui sont demandés, il est vrai portant sur des événements ayant eu lieu à des dates précises remontant alors à plus de sept ans au moment de l'entretien. D'autre part il semble manifeste qu'il n'a qu'une idée imprécise du déroulement concret de l'attribution de ces stock-options, une fois le cap de la décision passé, et notamment concernant l'arrêt d'une date pour la valeur des actions, qui fait l'objet de l'enquête.
Les événements suivent leur cours au niveau technique, qui ne sont ni de son ressort, ni au cœur de ses préoccupations. Il se garde cependant bien d'affirmer que les dates et événements indiqués dans les pièces administratives d'Apple correspondent à la réalité des faits lorsqu'il les a oubliés, ce sur quoi les avocats de la firme ont manifestement attiré son attention au préalable, afin d'éviter d'engager sa responsabilité inutilement. Il précise même que ce qu'il a appris depuis le début de l'enquête de la SEC ne l'encourage pas nécessairement à croire à la validité de ces éléments. En effet il a été établi qu'Apple avait produit un rapport sur une réunion du conseil d'administration qui n'avait jamais eu lieu, ce sur quoi Steve Jobs s'est dit être très préoccupé.
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